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APPEL A CONTRIBUTIONS 1

Colloque 28-29 mars 2008

Université Lyon 2

 

Les femmes dans l'action militante, syndicale et revendicative de 1945 à nos jours.

une promesse de renouveau au debut du XXI è siècle ?

 

Présentation générale :

Ce colloque se propose, dans une perspective pluridisciplinaire et comparative, d'établir un état des lieux des recherches et des questionnements relatifs aux mobilisations et à l'engagement des femmes dans le monde du travail, à partir de la seconde moitié du XX ème siècle et jusqu'au temps immédiatement présent. Son objet central pourrait donc être défini comme l'appropriation militante par les femmes de cet aspect de la sphère publique que constitue le monde du travail salarié, sous l'angle de leur engagement syndical, associatif, politique et de leur implication dans des mouvements de revendication et de grève. Le colloque prendra évidemment en compte les mouvements qualifiés de féministes, mais uniquement dans la mesure où l'histoire et l'influence de ceux-ci éclairent en partie le renforcement des revendications spécifiques des femmes au sein des syndicats et, plus indirectement, au sein des collectifs de travail. En s'intéressant à des secteurs professionnels, qu'ils soient ou non féminisés, le colloque a pour ambition de revenir sur la place prise par les femmes dans les grèves et dans l'action revendicative, d'explorer leurs modalités d'organisation, d'expression et de lutte, de repérer et d'analyser la spécificité de leurs apports dans divers types d'actions et dans la pratique militante en général. Tous les secteurs du monde du travail sont concernés (industrie, fonction publique et territoriale, santé, services, éducation, etc.). Loin de considérer la période retenue (de 1945 à nos jours) comme un tout homogène, le colloque n'ignorera pas les mutations économiques, sociales et politiques qui ont eu lieu (emploi, transformations des familles, crises et alternances politiques, etc.) ; il prendra en compte les séquences, découpages ou temporalités susceptibles d'être opérés dans ce laps de temps et dont l'importance méritera d'être discutée. Le croisement entre des disciplines différentes mais proches et complémentaires (on pense notamment à l'histoire, à la sociologie ou à la science politique) sera ici particulièrement fécond, permettant d'interroger, de façon croisée, les questions liées aux inégalités de genre, aux conditions d'exercice du pouvoir, ou encore à la place de la masculinité dans la culture syndicale et plus largement militante.

Bien que les recherches et bilans critiques sur la question de la division sexuée de l'emploi, sur l'évolution de l'emploi et du travail féminin, ou sur les inégalités hommes / femmes se soient considérablement développés en sociologie du travail 2, les travaux sur la place des femmes dans le syndicalisme et dans l'action collective sont en revanche devenus peu nombreux. Ainsi, alors que les luttes salariales ou pour l'emploi menées par des femmes ont fait l'objet de monographies importantes dans l'après mai 68, elles sont très peu étudiées aujourd'hui 3, à l'image du phénomène gréviste dans son ensemble.

Questionner le rôle des femmes dans les mobilisations collectives à partir de l'espace du travail salarié implique de revenir sur leur place dans les organisations syndicales et d'analyser les difficultés de ces dernières à prendre en compte les revendications de cette partie du salariat comme à mettre en débat, dans leurs propres structures, les relations de domination hommes / femmes. De ce point de vue, l'entrée par le syndicalisme peut se révéler particulièrement pertinente : ce sont aussi bien les rapports de pouvoir dans les organisations syndicales qu'il conviendra d'étudier que la réalité des politiques internes de promotion de la parité. En quoi les organisations syndicales parviennent-elles - ou non - à s'affranchir de la domination masculine, et de la reproduction dans leurs rangs des inégalités de genre ? Peut-on parler du genre des syndicalismes ?

Le fait syndical n'épuise pas l'ensemble de l'objet : les mobilisations de femmes se déploient, en effet, à partir de modalités d'organisation qui sont parfois inédites et autonomes 4, telles les coordinations, ce qui permet aussi d'interroger, en retour, les transformations de l'engagement et du militantisme. Quel est le potentiel de renouvellement contenu dans ces formes de mobilisation dont, en France, la lutte des infirmières de 1988-89 a été l'un des exemples les plus visibles ? Ces formes de mobilisation témoignent-elles de l'émergence d'enjeux spécifiques ? On n'omettra pas non plus de prendre en considération la présence, voire le leadership, des femmes dans des types d'organisations constituées par des mouvements associatifs (aux orientations multiples : politique au sens large, philosophique, religieuse, etc.) dont certains ont joué un rôle crucial dans des questions de société touchant peu ou prou à la sphère du travail salarié.

La notion d'engagement politique des femmes se trouve bien sûr impliquée par l'orientation du colloque ; toutefois ce n'est pas le militantisme de parti étudié pour lui-même qui retiendra l'intérêt mais ce militantisme dans le monde du travail, en soutien à des luttes particulières et/ou en appui de la conquête d'un espace militant propre. L'étude de biographies, ou de trajectoires militantes (avec leurs inflexions, leurs ruptures et leurs continuités, mais aussi leurs engagements multiples ou successifs), l'approche prosopographique pourraient permettre de comprendre la façon dont se construisent ou non des transversalités entre plusieurs terrains de l'engagement.

La question générale du colloque pourrait finalement être la suivante : s'il est admis que le vingtième siècle a été celui de la féminisation des sociétés occidentales 5, qu'en a-t-il été, dans sa seconde moitié, de la féminisation des mouvements revendicatifs et grévistes ? Sous quelles formes, avec quels apports, avec quelles limites ? A partir de ces éléments, quels enseignements pouvons-nous en tirer pour le XXI e siècle et peut-on avancer l'idée d'une promesse de renouveau ?

La dimension internationale des contributions est vivement encouragée. La confrontation de la situation française avec d'autres expériences est en effet l'une des clefs de compréhension de la question des femmes dans l'action militante telle que nous l'avons circonscrite et de ses éventuelles spécificités nationales. Le regard de chercheurs étrangers sur l'une ou l'autre des pistes de réflexion esquissées dans cet appel à proposition sera également utile, de façon à apporter de nouveaux éléments de problématisation. L'anglais et le français sont les deux langues dans laquelle les textes pourront être soumis. Pour faciliter les échanges lors du colloque, les présentations orales en anglais seront traduites simultanément en français.

A côté de conférences plénières, l'organisation du colloque en ateliers devrait permettre d'approfondir différentes thématiques et de proposer des études précises dans un certain nombre de domaines. Dès lors qu'elles répondent aux objectifs du colloque, les contributions des militants syndicaux sont évidemment les bienvenues.

Une publication des actes est prévue, selon un calendrier et des modalités qui seront précisés ultérieurement.

Orientations thématiques :

- Grèves de femmes, femmes en grève : panorama sociologique et historique.

- Le genre dans les conflits du travail : une perspective heuristique ?

- Conditions d'emploi et de travail des femmes : quel espace pour l'engagement ?

- Vie privée / vie militante / vie professionnelle : quelle articulation des temps sociaux ?

- Travail des femmes, engagement des femmes : évolution du discours syndical.

- Métiers féminins, militantisme à caractère masculin ? / Emergence d'espaces revendicatifs féminins dans des bastions masculins ?

- Modalités d'organisation et d'action : les coordinations de salariées.

- L'accès aux responsabilités syndicales : quel partage de s genre s  ?

- Le renouvellement des pratiques militantes dans les organisations.

- Engagements syndicaux et engagements féministes : chemins croisés ?

- Le secteur éducatif : un espace militant féminisé ?

- Femmes, salariées, migrantes : des luttes invisibles ?

- Biographies, parcours militants.

 

NB : Les résumés des propositions de contributions (d'une longueur de 5000 signes maximum espaces compris) doivent parvenir aux organisateurs par voie électronique pour le 30 juin 2007 délai de rigueur, à l'aide du formulaire. Ils contiendront impérativement un titre, une orientation problématique, une mention des sources ou des terrains utilisés.

 

1 Voir conditions ci-dessous.

2 LALLEMENT (Michel), « Quelques remarques à propos de la place du genre dans la sociologie du travail en France » in LAUFER (Jacqueline), MAURY (Catherine), MARUANI (Margaret), dir, Le travail du genre, Les sciences sociales du travail à l'épreuve des différences de sexe , Paris, La Découverte, Coll. « Recherches », 2003, pp. 123-137

3 KERGOAT (Danièle), IMBERT (Françoise), LE DOARE (Hélène), SENOTIER (Danièle), Les infirmières et leur coordination (1988-1989), Paris, Lamarre, 1992 ; HEINEN (Jacqueline), TRAT (Josette), coord. « Hommes et femmes dans le mouvement social », Cahiers du Gedisst , 1997, n° 18, 187 p., PUECH (Isabelle), « Le temps du remue-ménage. Conditions d'emploi et de travail des femmes de chambre », Sociologie du Travail , 46, 2004, pp. 150-167 ;

4 Outre l'ouvrage cité sur la coordination des infirmières : TRAT (Josette), « La lutte des assistantes sociales : un mouvement de femmes salariées conjugué au masculin » in Les coordinations de travailleurs dans la confrontation sociale , Paris, L'Harmattan, « Futur antérieur », 1994, pp. 103-140

5 « Dix ans plus tard », préface à la nouvelle édition de DUBY (Georges) & PERROT (Michelle), Histoire des femmes en Occident , t. V, THEBAUD (Françoise ), Le XXème siècle , Paris, Perrin, collection Tempus, 2002. Voir aussi ZANCARINI-FOURNEL, (Michelle) (dir.) « Métiers, corporations, syndicalismes », CLIO/Histoire, femmes et sociétés, 1996, n° 3.